Mener une vie moderne tout en vivant l'Évangile par Pascal Laliberté

Une introduction aux modèles mentaux

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Il y a quelques années, j’ai découvert quelque chose qui s’est avéré plutôt essentiel dans mon développement personnel: j’ai appris au sujet des modèles mentaux. Auparavant j’étais contraint à mes propres façons de penser; maintenant je suis davantage le maître de mes pensées.

J’avais accepté une affectation de neuf mois dans un autre département au sein de l’université dans laquelle je travaille. Alors que la fin de mon contrat s’approchait, j’étais tourmenté par l’idée de revenir à mon ancien poste. J’étais convaincu que le retour serait pénible: mon ancienne équipe avait été déplacée sous un nouveau département et sous un nouveau superviseur. J’avais la conviction que ce nouveau patron serait un adversaire à l’approche de conception web que je préconisais. Selon moi, ça s’annonçait comme une impossibilité pour moi de m’intégrer à la nouvelle culture. Je me sentais contrarié par ce retour que j’anticipais à contrecoeur. J’étais pris.

Pendant cette affectation de neuf mois, on m’a offert une formation en leadership. En prenant la formation, j’ai appris au sujet des modèles mentaux, et se faisant j’ai non seulement découvert la clé du retour à mon ancien poste, mais j’ai également pu me faufiler autour d’autres obstacles que je vivais à l’époque.

J’ai finalement retourné à mon ancien poste, et cette idée des modèles mentaux n’a pas seulement aidé à désamorcer une mauvaise situation, elle en a créé une meilleure: la relation avec ce patron est devenue l’une des meilleures que j’ai eu dans ma carrière. J’ai eu tout un plaisir à travailler avec lui.

Les modèles mentaux, comme des lentilles colorées

Fixer son regard sur une pomme verte, et l'interpréter comme une pomme rouge

Disons qu’à la naissance, tu serais né avec des lunettes teintées rose. Toute ta vie, tu n’aurais jamais constaté qu’il y aurait d’autres façons de voir le monde qu’avec les couleurs qui affectaient ta perception.

Un modèle mental, c’est beaucoup comme une lentille colorée: il t’est invisible et il influence ce que tu perçois. C’est quelque chose qui habite tes pensées et qui affecte la perception de ton entourage, qui réduit tes options et qui altère ton discernement.

Voici d’autres mots qui décrivent la même chose.

Lorsqu’un modèle mental s’est installé dans ta tête, tu te retrouve normalement avec:

  1. une conviction: tu es plutôt certain de quelque chose;
  2. une conclusion: tu as tiré une conclusion avant de voir le gros plan;
  3. une interprétation: tu as comblé les trous avec tes propres idées;
  4. un parti pris (un biais): les choses sont normalement meilleures si elles sont d’une certaine façon pour toi;
  5. un jugement: c’est bien évident que c’est toi qui a raison;
  6. un préjugé: tu as toujours pensé de cette façon;
  7. une association: cette chose est pareille comme …;
  8. une étiquette: cette personne est une…;
  9. une opposition: tu vois deux choses en tant qu’opposées;

Tu as peut-être déjà entendu ces autres mots qui sont des synonymes au concept de modèle mental:

  • un paradigme: une perspective bien enracinée de laquelle on perçoit les choses;
  • une conception du monde (en anglais, a worldview): une conceptualisation de la façon avec laquelle le monde fonctionne.

Tous ces termes représentent la même idée: ils illustrent tous une sorte de filtre, situé entre le monde et ton cerveau, colorant comment ton esprit perçoit, fait la lecture, entend, interprète, analyse, décide et réagit.

Ton esprit ne s’aperçoit habituellement pas qu’il se situe derrière un filtre. Le plus difficile, c’est de réaliser lorsqu’il y en a un.

Identifier le modèle mental qui t’habite

Identifier la présence d'un filtre, et on perçoit l'objet véritable, une pomme verte

Il existe quelques signes habituels qui indiquent que ton esprit est au pris avec un modèle mental. Il y aura un malaise. Tu seras agité, agacé, impatient. Tu pourras te trouver fixé à une idée. Tu seras dans une réaction. Lorsqu’on se trouve dans une telle situation de réaction, il devient difficile de regagner de la perspective.

J’emploie fréquemment une question toute simple lorsque je me trouve dans un de ces moments réactifs: « de quoi es-tu si convaincu? » Cette question me rappelle habituellement que j’étais au pris d’un modèle mental qui colorait mes options, une conclusion que j’avais tirée, un parti pris que je n’avais pas questionné, ou une étiquette que j’avais appliqué. « de quoi es-tu si certain, tout d’un coup? »

Pour l’histoire du superviseur, voici quelques modèles mentaux que je me rappelle avoir entretenu, des choses dont j’étais « convaincu »:

  • Certainement, ce superviseur est un…
  • Ce nouveau département est plein de personnes qui sont…
  • Je serai incompatible avec les méthodes de gestion de ce nouveau superviseur

Je me rappelle avoir dressé une liste1, où pour chacun des items, je m’étais demandé s’il était véridique. Dans la formation dans laquelle j’avais participé, on nous encourageait à simplement répondre « peut-être ». Peut-être que c’est vrai ce que j’avance, peut-être que non. On ne le sait tout simplement pas encore.

Percevoir ce qui existe vraiment

Dans mon enfance, j’aimais bien dessiner. Un de mes enseignants m’avait recommandé le livre Drawing with the Right Side of the Brain (dessiner avec l’hémisphère droit du cerveau). Ce livre avançait l’hypothèse que chacun pouvait dessiner, si seulement on cessait de dessiner ce qu’on pense percevoir (une chaise, une table, une pomme) et plutôt dessiner ce qui se trouve vraiment devant nos yeux (une ligne, un angle, une ombre, une teinte de couleur). Le secret d’apprendre à dessiner, l’enseignant aimait répéter, c’est d’apprendre d’abord à voir.

De bien des façons, c’est notre hémisphère gauche qui conditionne nos pensées avec ces étiquettes et ces conclusions. « J’ai déjà vu ce type d’exemple auparavant, c’est un …», « Je le connais lui, c’est un …»

Après avoir repéré ce qui affecte ton objectivité, la prochaine étape c’est de faire le compte de ce qui est vraiment vérifiable dans ce que tu perçois. Quels sont les faits? Que reste-t-il après avoir enlevé toutes les interprétations et toutes les convictions et tous les jugements et tous les raccourcis?

Ce qui reste, c’est ce qui peut être employé pour prendre une décision. Ce qui reste, c’est le matériel sur lequel tu pourras construire, puisque c’est solide. Tout ce qui reste est factuel: c’est ce qui se trouve véritablement devant tes sens, non pas ce que tu pense percevoir.

Cheminer jusqu’ici te permettra d’améliorer ta capacité à résoudre des problèmes et à entreprendre des changements. Ça te rendra capable de te déprendre et de continuer à progresser. Mieux encore, ça te permettra de franchir de biens plus importants obstacles qui semblent te restreindre et tu seras libre d’emboîter le pas vers de plus vastes horizons qui t’attendent.

Donc, pour être le maître de tes pensées, il suffit de prendre un peu de recul et d’identifier ce dont tu semble être convaincu, la chose qui colore ta perception — le modèle mental qui déforme ta vision. Tu seras alors capable de percevoir ce qui se trouve vraiment devant tes yeux et tu sauras comment l’adresser.

  1. Il se peut qu’à force de creuser, tu découvres une foulée plutôt pêle-mêle de modèles mentaux qui se sont empilés avec le temps. Dans ce cas, vaut mieux les pourchasser un à un, en dresser la liste et les identifier tous. 

Mener une vie moderne tout en vivant l'Évangile

Il paraît qu'on nous propose un choix: vivre de façon moderne, vivre notre foi, ou un peu des deux. Pourquoi pas tenter les deux, à fond? Selon moi, c'est de faire co-exister deux idées, et dans cette union je reconnais le genre de foi chrétienne proposée depuis le début.

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